Le contraignant à assimiler un volume toujours plus grand d’informations, il lui avait appris à régler différents problèmes, peu à peu, en partant des ouvrages des grands philosophes il lui avait enseigné la logique, souple et en même temps indestructible comme une lame en acier damassé. A maintes reprises Sourovtsev avait observé Tobor « en campagne » car il accompagnait invariablement son élève sur tous les polygones d’instruction de la Cité Verte, lors des stages dans l’espace, dans les expéditions lointaines sur Mars et Vénus. Et jamais Ivan n’avait cessé d’admirer la grâce inimitable des mouvements de Tobor, jamais il n’avait pu s’habituer à ce spectacle ensorcelant que Tobor offrait en sautant. Tendant brusquement ses tentacules qu’il avait repliés, il bondissait dans l’air tel une torpille vivante. Regardant sur l’écran, Sourovtsev se souvint de ce sculpteur venu passer quelques mois à la Cité Verte en quête de sujets. De tout ce que les savants de la Cité avaient fait, l’artiste avait le plus apprécié Tobor et dit qu’il ne manquerait pas de faire une sculpture pour l’exposition martielle « Le genre humain », œuvre qui devait être la quintessence de tout ce que les hommes avaient réalisé tout au long de leur histoire millénaire. Le sculpteur avait raconté qu’il appellerait son œuvre « L’âme du vol accompli » et qu’elle représenterait Tobor bondissant…

Encore un saut précis et c’en sera fini de la zone de bombardement de météorites. « Dommage que le sculpteur ne soit pas dans la salle sphérique, songea Sourovtsev. Un bond pareil n’aurait pas manqué de l’inspirer. » Tobor sauta selon toutes les règles de cette science complexe et fine qu’est l’athlétisme, sous un angle de 45 degrés de manière à franchir le tronçon le plus long possible, et en plein vol il réussit à esquiver un bolide incandescent : sur l’écran panoramique le lourd débris laissa un long pointillé qui s’évanouit progressivement.



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