
— À vrai dire, oui. » Le roi contempla tristement l’aube. Ses chiens. Ils allaient vraiment lui manquer. Et la journée s’annonçait si bonne pour la chasse.
Il se demanda si les fantômes chassaient. Peu probable, se dit-il. Pas plus qu’ils ne mangeaient ni ne buvaient d’ailleurs, et ça, c’était vraiment déprimant. Il aimait les grands banquets bruyants et il avait lampé
Il flanqua un coup de pied découragé à une pierre et nota avec mélancolie qu’il passait carrément au travers. Pas de chasse, de beuveries, de ripailles, pas de ribotes, pas de fauconnerie… Il lui vint à l’esprit que les plaisirs de la chair se restreignaient sans la chair. Soudain, la vie ne valait plus d’être vécue. Le fait qu’il ne la vive pas ne lui apportait aucun réconfort.
« CERTAINS AIMENT ÇA, LA CONDITION DE FANTÔME, dit la Mort.
— Hmm ? fit Vérence, sinistre.
— ÇA N’EST PAS SI AFFREUX, JE PENSE. ILS VOIENT COMMENT S’EN SORTENT LEURS DESCENDANTS. PARDON ? QU’EST-CE QUI VOUS PREND ? »
Mais Vérence avait disparu dans le mur.
« NE VOUS GÊNEZ PAS POUR MOI, JE VOUS EN PRIE », bougonna la Mort. Il jeta autour de lui un regard capable de voir dans le temps, dans l’espace et dans l’âme humaine, et nota un glissement de terrain très loin en Klatch, un ouragan en Terres d’Howonda, une peste à Hergen.
« LE BOULOT, LE BOULOT », marmotta-t-il, et il éperonna son cheval qui décolla dans le ciel.
Vérence courut à travers les murs de son château. Ses pieds touchaient à peine le sol – en fait, l’inégalité du sol faisait qu’ils ne le touchaient parfois pas du tout.
En tant que roi, il avait l’habitude de traiter les serviteurs comme s’ils n’existaient pas, et leur courir à travers revenait à peu près au même. La seule différence, c’est qu’ils ne s’écartaient pas.
