
« C’est tout ? demanda-t-il. Je veux dire, combien de temps je vais rester un fantôme ? Pourquoi je suis un fantôme ? Vous ne pouvez pas me laisser comme ça ! » Il s’arrêta et brandit un doigt impérieux, légèrement transparent. « Stop ! Je vous l’ordonne ! »
La Mort secoua tristement la tête et traversa le mur suivant. Le roi se dépêcha dans son sillage avec toute la dignité qu’il pouvait encore rassembler, et il le trouva qui tripotait les sangles d’un gros cheval blanc debout sur les remparts. L’animal mangeait dans une musette.
« Vous ne pouvez pas me laisser comme ça ! » répéta-t-il malgré l’évidence.
La Mort se tourna vers lui.
« SI, JE PEUX, dit-il. VOUS ÊTES UN NON-MORT, VOUS VOYEZ. LES FANTÔMES HABITENT UN MONDE ENTRE LES VIVANTS ET LES MORTS. CE N’EST PAS MOI QUI M’EN OCCUPE. » Il tapota le roi sur l’épaule. « NE VOUS INQUIÉTEZ PAS, dit-il, ÇA NE DURERA PAS UNE ÉTERNITÉ.
— Bon.
— ÇA VOUS PARAÎTRA PEUT-ÊTRE UNE ÉTERNITÉ.
— Combien de temps ça va vraiment durer ?
— JUSQU’À CE QUE VOUS AYEZ ACCOMPLI VOTRE DESTIN, JE PRÉSUME.
— Et comment je vais savoir ce qu’est mon destin ? fit le roi, au désespoir.
— LÀ, JE NE PEUX PAS VOUS AIDER. JE REGRETTE.
— Allez, comment je peux le savoir ?
— CES CHOSES-LA, EN GÉNÉRAL, SONT UN JOUR OU L’AUTRE ÉVIDENTES, À CE QUE J’AI COMPRIS, dit la Mort qui bondit en selle.
— Et jusqu’à quand je dois hanter ce château ? » Le roi Vérence considéra autour de lui les remparts livrés aux courants d’air. « Tout seul, j’imagine. Personne ne me verra ?
— OH, SI, CEUX QUI ONT DES DISPOSITIONS DE MÉDIUM, LES PARENTS PROCHES, ET LES CHATS, ÉVIDEMMENT.
— J’ai horreur des chats. »
La figure de la Mort se figea un peu plus, si possible. La lueur bleue dans ses orbites étincela rouge l’espace d’un instant.
« JE VOIS », dit-il. Le ton laissait entendre que le trépas était trop bon pour qui avait horreur des chats. « VOUS AIMEZ LES TRÈS GROS CHIENS, J’IMAGINE.
