— C’est quoi ?

— Les mots, ça n’a jamais été mon fort, vous savez. J’ai toujours trouvé plus facile de cogner sur les gens avec ce qui me tombait sous la main. Mais je crois comprendre que ça se résume à votre intensité de vie. Quand vous viviez, j’entends. Quelque chose qu’on appelle… – il marqua un temps – la vitalité animale. Oui, c’est ça. La vitalité animale. Plus on en a eu, plus on reste soi-même, comme qui dirait, quand on est fantôme. J’imagine que vous, vous étiez cent pour cent vivant, de votre vivant », ajouta-t-il.

Malgré lui, Vérence se sentit flatté. « J’ai toujours cherché à m’occuper », dit-il.

Ils avaient tranquillement traversé le mur de la grand-salle, vide pour l’instant. La vue des tables à tréteaux déclencha une réaction automatique chez le roi.

« Comment fait-on pour le petit-déjeuner ? » demanda-t-il.

La tête de Podechambe parut surprise.

« On ne fait rien, dit-il. Nous sommes des fantômes.

— Mais j’ai faim, moi.

— Non, vous n’avez pas faim, vous savez. Ce n’est que votre imagination. »

Des cuisines parvenaient des bruits de casseroles. Les cuisiniers étaient déjà debout et, faute de consignes particulières, préparaient le menu normal pour le petit-déjeuner du château. Des odeurs familières remontaient des ténèbres du passage voûté qui menait aux cuisines.

Vérence renifla. « Des saucisses, fit-il, rêveur. Du bacon. Des œufs. Du poisson fumé. » Il regarda fixement Podechambe.

« Du boudin, murmura-t-il.

— Vous n’avez pas vraiment d’estomac, remarqua le vieux fantôme. Tout ça, c’est dans la tête. La force de l’habitude. Vous pensez seulement avoir faim.

— Je pense avoir une faim de loup.

— Oui, mais vous ne pouvez rien toucher, vous voyez, expliqua gentiment Podechambe. Rien du tout. »



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