Vérence se baissa doucement sur un banc afin de ne pas passer au travers et se prit la tête dans les mains. Il avait entendu dire que la mort pouvait être terrible. Il n’avait pas compris à quel point.

Il avait envie de se venger. Il avait envie de sortir de ce château soudain affreux, de retrouver son fils. Mais il était encore plus terrifié de découvrir que ce dont il avait vraiment envie, tout de suite, c’était une assiettée de rognons.


* * *

Une aube humide envahit le paysage, escalada les remparts du château de Lancre, prit le donjon d’assaut et enfin pénétra par la fenêtre du solarium.

Le duc Kasqueth contemplait d’un œil morne la forêt dégouttante d’eau. Elle était si vaste. Non pas, se dit-il, qu’il eût quoi que ce soit contre les arbres, mais en voir autant le déprimait terriblement. Il avait toujours envie de les compter.

« Tout à fait, mon amour », dit-il.

À ceux qui le rencontraient, le duc rappelait une espèce de lézard, du type qui vit sur les îles volcaniques, bouge une fois par jour, possède un troisième œil atrophié et cligne des paupières sur un rythme mensuel. Lui se considérait comme un homme civilisé davantage fait pour l’air sec et le soleil éclatant d’un climat correctement réglé.

D’un autre côté, songeait-il, il pouvait y avoir des agréments à être un arbre. Les arbres n’ont pas d’oreilles, de ça il était à peu près sûr. Et ils ont l’air de se débrouiller sans en passer par le sacro-saint mariage. Un chêne mâle – faudrait qu’il vérifie – un chêne mâle jette son pollen au vent, et toutes ces histoires de glands, à moins que ce ne soient des pommes de chênes, non, des glands, il en était à peu près sûr, bref, toutes ces histoires-là se passaient ailleurs…

« Oui, mon trésor », dit-il.

Oui, les arbres avaient trouvé la combine. Le duc Kasqueth lança un regard noir au toit de la forêt. Salauds d’égoïstes.



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