« Certainement, ma chérie, dit-il.

— Comment ? » fit la duchesse.

Le duc hésita, s’efforça désespérément de se repasser en tête le monologue des cinq dernières minutes. Elle avait eu des mots comme quoi il était une moitié d’homme et… volontairement infirme ? Et il croyait bien qu’elle s’était plainte du froid qui régnait dans le château. Oui, c’était sans doute ça. Eh bien, ces maudits arbres fourniraient l’occasion d’une bonne journée de travail, pour une fois.

« Je vais ordonner qu’on en abatte quelques-uns et qu’on les amène directement ici, mon adorée », dit-il.

Lady Kasqueth resta momentanément sans voix. Un événement à marquer au calendrier. C’était une forte femme, impressionnante, qui évoquait à ceux qui la croisaient pour la première fois un galion toutes voiles dehors ; effet qu’accentuait sa conviction malheureuse que le velours rouge lui allait plutôt bien. Pourtant, il ne lui rehaussait pas le teint. Les deux s’assortissaient.

Le duc songeait souvent à la chance qu’il avait eue de l’épouser. Sans la force de l’ambition de la duchesse, il ne serait qu’un seigneur local de plus, sans autre occupation que chasser, boire et exercer son droit de cuissage

Mais son regard n’embrassait que des arbres.

Il soupira.

« Qu’on abatte quoi ! fit lady Kasqueth, glaciale.

— Oh, les arbres, répondit le duc.

— Qu’est-ce que les arbres viennent faire là-dedans ?

— Eh bien… il y en a tellement, dit le duc avec émotion.

— Ne détournez pas la conversation !

— Pardon, ma douce.

— Ce que je disais, c’était : comment avez-vous pu être assez bête pour les laisser s’échapper ? Je vous avais dit que ce serviteur était bien trop loyal. On ne peut pas faire confiance à des gens pareils.

— Non, mon amour.

— Vous n’avez pas, par hasard, eu l’idée d’envoyer quelqu’un à leur poursuite, j’imagine ?



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