Mémé opina. Elle approuvait entièrement ce genre d’idées, à condition, bien sûr, qu’elles ne s’appliquent qu’aux autres.

Elle tambourina des doigts sur la nappe de Magrat.

« Oui, dit-elle. Et pourquoi pas ? Va dire à Gytha de bien couvrir le bébé. Ça fait longtemps que j’ai pas entendu bien jouer du théâtre. »


* * *

Magrat nageait dans le bonheur, comme d’habitude. Le théâtre se résumait à quelques longueurs de toile à sac peinte, une scène de planches posées sur des tonneaux et une demi-douzaine de bancs disposés sur la place du village. Mais il était cependant parvenu à figurer « le château », « une autre partie du château », « la même partie un peu plus tard », « le champ de bataille » et maintenant « une route en dehors de la ville ». L’après-midi aurait été parfait sans Mémé.

Après plusieurs regards noirs et pénétrants lancés en direction du trio de musiciens pour voir si elle arrivait à deviner quel instrument on appelait le théâtre, la vieille sorcière avait finalement porté son attention vers la scène, et Magrat commençait à se dire que Mémé n’avait pas encore saisi tous les principes de l’art dramatique.

Pour l’heure, elle trépignait de rage sur son siège.

« Il l’a tué, souffla-t-elle. Pourquoi est-ce que personne fait rien ? Il l’a tué ! Là, devant tout le monde ! »

Magrat s’accrocha désespérément au bras de sa collègue qui se débattait pour se mettre debout.

« Tout va bien, chuchota-t-elle. Il est pas mort !

— Est-ce que tu me traiterais de menteuse, ma fille ? fit sèchement Mémé. J’ai tout vu !

— Écoutez, Mémé, c’est pas vraiment vrai, vous comprenez ? »

Mémé Ciredutemps se calma un peu mais continua de grommeler tout bas. Elle commençait à se dire qu’on cherchait à se payer sa tête.

Sur scène, un homme dans un drap s’était lancé dans un monologue fougueux. Mémé écouta attentivement quelques minutes puis décocha un petit coup de coude dans les côtes de Magrat. « Qu’est-ce qu’il fait, là ?



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