
— Il dit combien il regrette que l’autre homme soit mort, répondit Magrat qui ajouta en hâte, dans l’espoir de détourner la conversation : Il y a beaucoup de couronnes, non ? »
Mémé n’entendait pas se laisser distraire. « Quelle idée il a eue de l’tuer, alors ?
— Ben, c’est un peu compliqué… répondit Magrat d’une voix faible.
— C’est une honte ! lâcha sèchement Mémé. Et le pauvre mort qu’est toujours là, par terre ! »
Magrat jeta un regard implorant à Nounou Ogg, laquelle mastiquait une pomme et observait la scène d’un œil d’expert scientifique.
« Moi, m’est avis, dit-elle lentement, m’est avis que tout ça, c’est du chiqué. Regardez, il respire toujours. »
Les autres spectateurs, qui avaient à présent conclu que le commentaire faisait partie intégrante de la pièce, considérèrent comme un seul homme le cadavre. Qui rougit.
« Et regardez-moi ses souliers, critiqua Nounou. Un vrai roi aurait honte de porter des souliers pareils. »
Le cadavre s’efforça de repousser ses pieds derrière un buisson en carton.
Mémé, qui sentait obscurément qu’elles avaient remporté un petit triomphe sur les suppôts du mensonge et de l’artifice, prit une pomme dans le sac et un intérêt nouveau au spectacle. Les nerfs de Magrat commencèrent à se dénouer et elle entreprit de s’installer à l’aise pour profiter de la pièce. Mais pas pour très longtemps, en définitive. Une voix la ramena dans le monde des incrédules qu’elle voulait oublier.
« C’est quoi, ça ? »
Magrat soupira. « Ben, risqua-t-elle, lui, il croit que lui, c’est un prince, mais lui, c’est en réalité la fille de l’autre roi déguisée en homme. »
Mémé soumit l’acteur à une longue observation détaillée.
« C’en est un, c’est un homme, dit-elle. Avec une perruque de paille. Qui parle avec une voix aiguë. »
