— Très efficaces, les aigus, moi, j’ai trouvé, s’empressa de répondre Nounou Ogg. À ce que j’vois, Bobonne Plurniche, qu’elle-repose-en-paix, t’a bien aidée pour la loucherie.

— Une bonne loucherie », abonda Mémé Ciredutemps.

La sorcière benjamine, du nom de Magrat Goussedail, se détendit considérablement. Elle témoignait envers Mémé Ciredutemps d’un respect mêlé de crainte. Mémé Ciredutemps avait la réputation, dans tout le Bélier, de ne pas aimer grand-chose. Si elle la jugeait bonne, la loucherie de Magrat, c’est que les yeux devaient lui remonter dans les trous de nez.

À la différence des mages qui affectionnent par-dessus tout une hiérarchie compliquée, les sorcières ne se passionnent guère pour le côté structuré du plan de carrière. À chaque sorcière de recruter une jeune fille qui reprendra le secteur à sa mort. Par nature, les sorcières ne sont pas grégaires, du moins avec leurs consœurs, et elles n’ont certainement pas de chef.

Mémé Ciredutemps était la mieux considérée des chefs qu’elles n’avaient pas.

Les mains de Magrat tremblaient légèrement tandis qu’elle préparait le thé. Évidemment, elle était très flattée, mais aussi un peu angoissée de commencer une carrière de sorcière de village entre Mémé Ciredutemps et, de l’autre côté de la forêt, Nounou Ogg. C’est elle qui avait eu l’idée de former un convent local. Elle trouvait que ça faisait, disons, plus occulte. À son grand étonnement, les deux vieilles avaient approuvé, ou plutôt n’avaient pas trop désapprouvé.

« Un auvent ? s’était étonnée Nounou Ogg. Pourquoi donc on voudrait se joindre à un auvent ?

— Elle veut dire un convent, Gytha, avait expliqué Mémé Ciredutemps. Tu sais, comme dans le temps. Une réunion.

— Une sauterie ? avait fait Nounou Ogg avec espoir.

— Pas question de danser, avait prévenu Mémé. J’suis contre les danses. Contre les chansons aussi, et contre ces histoires de se mettre dans tous ses états ou de faire les imbéciles avec des onguents et des machins.



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