
— Ça te fait du bien de sortir », avait dit joyeusement Nounou.
Malgré sa déception de ne pas pouvoir danser, Magrat se sentait soulagée d’avoir gardé pour elle une ou deux autres idées qui lui trottaient en tête. Elle farfouilla dans le paquet qu’elle avait apporté. C’était son premier sabbat, et elle tenait à faire les choses bien.
« Qui veut un pain au lait ? » proposa-t-elle.
Mémé regarda fixement le sien avant de mordre dedans. Magrat avait cuit des motifs de chauves-souris dessus. Leurs petits yeux, c’étaient des cassis.
* * *
Le carrosse fonça à travers les arbres en lisière de forêt, roula quelques secondes sur deux roues lorsqu’il heurta une pierre, se redressa contre toutes les lois de l’équilibre et reprit sa course grondante. Mais il allait moins vite à présent. La pente le ralentissait.
Le cocher, debout à la façon d’un conducteur de char, repoussa les cheveux qui le gênaient et fouilla l’obscurité des yeux. Personne ne vivait dans ce coin, en plein cœur du Bélier, mais une lumière brillait plus loin. Le ciel soit loué, il y avait une lumière là-bas.
Une flèche se ficha dans le toit du carrosse derrière lui.
* * *
Pendant ce temps, le roi Vérence, monarque de Lancre, faisait une découverte.
Comme la plupart des gens – en tout cas ceux en dessous de la soixantaine –, Vérence n’avait pas beaucoup réfléchi à ce qui arrivait lorsqu’on mourait. Comme la plupart des gens depuis l’aube des temps, il présumait que tout ça devait finir par s’arranger.
Et, comme la plupart des gens depuis l’aube des temps, voilà qu’il était mort.
Pour tout dire, il gisait au pied d’un escalier de son château de Lancre, une dague dans le dos.
Il se redressa en position assise et s’étonna : l’homme qui de son avis ne pouvait être que lui-même s’asseyait, mais la chose qui ressemblait fort à son corps restait couchée par terre.
