
« Non ? fit Mémé. Et puis… ?
— Et puis, et puis…
— Oui ?
— Il a dit, il a dit…
— Qu’est-ce qu’il a dit ?
— Il a dit : “Bonjour, chérie, tu fais quoi, ce soir ?” »
Mémé réfléchit un moment, puis demanda : « La vieille Bobonne Plurniche, elle sortait pas beaucoup, pas vrai ?
— C’était sa jambe, vous savez, fit Magrat.
— Mais elle t’a appris à faire la sage-femme et tout ?
— Oh, ça, oui, dit Magrat. Je l’ai fait souvent.
— Mais… – Mémé hésita, elle avançait à tâtons en terrain inconnu. –…elle t’a jamais parlé de… comment dire ?… ce qu’il y a avant.
— Pardon ?
— Tu sais, fit Mémé, un soupçon de désespoir dans la voix. Les hommes, tout ça. »
Magrat paraissait au bord de la panique. « Qu’est-ce qu’ils ont, les hommes ? »
Mémé Ciredutemps s’était livrée à maintes bizarreries dans sa vie, et il lui en coûta beaucoup de ne pas relever le défi. Mais cette fois elle baissa les bras.
« Je crois, dit-elle d’un ton où se sentait son impuissance, que ce serait peut-être une bonne idée que t’aies une petite discussion avec Nounou Ogg un de ces jours. Sans trop tarder. »
Des gloussements rigolards s’échappèrent par la fenêtre derrière elles, un tintement de verres, et une voix fluette qui avait entonné une chanson :
« …avec une girafe, Si tu montes sur un tabouret. Mais le hérisson, lui… »
Mémé n’en écouta pas davantage. « Seulement, pas maintenant », ajouta-t-elle.
* * *
La troupe repartit quelques heures avant le coucher du soleil ; les quatre chariots s’éloignèrent en cahotant sur la route qui menait vers les plaines de Sto et les grandes villes. Lancre avait un règlement municipal qui voulait que tous les acteurs, saltimbanques et autres criminels en puissance aient quitté l’enceinte de la ville au coucher du soleil ; personne ne s’en offusquait vraiment parce que la cité n’avait pas d’enceinte à proprement parler, et personne ne se souciait beaucoup qu’on revienne en douce une fois la nuit tombée. Ce qui comptait, c’étaient les apparences.
