Plutôt pas mal, le corps, soit dit en passant, maintenant qu’il le voyait de l’extérieur pour la première fois. S’il avait toujours eu un certain attachement pour lui, apparemment ce n’était plus le cas, il devait le reconnaître.

Un corps solidement bâti, tout en muscles. Le roi en avait pris soin. Il l’avait pourvu d’une moustache et de longs cheveux bouclés. Il avait veillé à lui donner beaucoup d’exercice en plein air et quantité de viande rouge. Et voilà qu’au moment où il aurait pu lui servir, ledit corps le laissait tomber. Ou plutôt le flanquait dehors.

Pour couronner le tout, le roi devait s’accommoder de la grande silhouette décharnée debout près de lui. Une robe noire à capuchon la dissimulait presque entièrement, mais le bras qui émergeait des plis pour agripper une faux imposante était fait d’os.

Quand on est mort, il est des choses qu’on reconnaît d’instinct.

« BONJOUR. »

Vérence se releva de toute sa hauteur, ou de ce qui l’aurait été si cette part de lui-même à laquelle on aurait pu appliquer le mot « hauteur » ne gisait pas, raide, par terre, face à un avenir où le mot « profondeur » convenait mieux.

« Je suis roi, moi, attention, fit-il.

— VOUS ÊTIEZ, VOTRE MAJESTE.

— Comment ? aboya Vérence.

— J’AI DIT : ÊTIEZ. ON APPELLE ÇA L’IMPARFAIT. VOUS ALLEZ VITE VOUS HABITUER. »

La haute silhouette tapota de ses doigts calcaires le manche de la faux. Visiblement, quelque chose la contrariait.

À ce compte-là, songea Vérence, moi aussi. Mais les divers signaux en clair que lui transmettait sa situation présente forçaient le passage même à travers la bêtise folle et téméraire qui composait l’essentiel de sa personnalité, et il comprenait que, dans l’espèce de royaume où il se trouvait désormais, ce n’était pas lui le roi.



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