
Mais Vérence, lui, n’avait jamais vécu que pour le présent. Jusqu’à ce jour, en tout cas.
La Mort soupira.
« J’IMAGINE QUE PERSONNE NE VOUS A RIEN DIT, hasarda-t-il.
— Pardon ?
— PAS DE PRESSENTIMENTS ? DE RÊVES BIZARRES ? PAS DE VIEUX DEVINS FOUS QUI VOUS ONT CRIÉ QUELQUE CHOSE DANS LA RUE ?
— À quel sujet ? Mon assassinat ?
— NON, J’IMAGINE QUE NON. CE SERAIT TROP DEMANDER, fit la Mort avec amertume. ON ME LAISSE TOUT LE BOULOT.
— Qui ça ? demanda Vérence, dérouté.
— LE SORT. LE DESTIN. TOUS LES AUTRES. » La Mort posa une main sur l’épaule du roi. « POUR TOUT DIRE, J’EN AI PEUR, VOUS ALLEZ DEVENIR UN FANTÔME.
— Oh. » Il baissa les yeux sur son… corps, qui avait l’air parfaitement solide. Puis quelqu’un lui passa au travers.
« NE VOUS RENDEZ PAS MALADE POUR ÇA. »
Vérence regarda son cadavre raidi qu’on transportait respectueusement hors de la salle.
« Je vais tâcher, dit-il.
— C’EST BIEN.
— Mais je ne me sens pas d’attaque pour toutes ces histoires de draps blancs et de chaînes. Est-ce qu’il faudra que je me promène en gémissant et en criant ? »
La Mort haussa les épaules. « VOUS EN AVEZ ENVIE ? fit-il.
— Non.
— ALORS JE NE M’EMBÊTERAIS PAS AVEC ÇA, SI J’ÉTAIS VOUS. » La Mort sortit un sablier des replis de sa robe noire et l’examina attentivement.
« MAINTENANT, FAUT VRAIMENT QUE J’Y AILLE. » Il fit demi-tour, se mit la faux sur l’épaule et se dirigea vers le mur pour sortir de la salle.
« Dites ? Attendez ! » s’écria Vérence qui lui courut après.
La Mort ne tourna pas la tête. Vérence le suivit à travers le mur ; c’était comme marcher dans du brouillard.
