
— Maintenant fais-je, on va pas se casser le chou, mes chérubins.
— Programme ? s’inquiète le Gros.
— Primo tu te rases, deuxio Pinaud se rase, tertio vous cessez de me raser avec vos questions saugrenues ! Rompez !
Voilà ce gland de boxer qui se met à rouscailler parce que Pinuchet vient de lui marcher sur la patte. Je calme le gaille par une sévère apostrophe :
— Toi, gueule-plate, si tu ne te tiens pas peinard, on te prend un billet de croisière pour la prochaine Apollo en partance, vu ?
Dompté, il s’enroule sur la descente de pieu et se met à ronfler.
CHAPITRE THREE
LA CINQUIÈME AVENUE… DE BEETHOVEN !
Une sensation absolue de vacances, voilà ce qui domine. Il fait un soleil de studio et la cité des gratte-ciel étincelle de mille feux.
Le magnifique trio que nous constituons sans effort déambule dans la 43e rue en direction de Broadway. Nous passons, fiers, comme des poux (et aussi cradingues en ce qui concerne Béru et Pinuche) devant le buildinge du Times… C’est plein de voitures de presse qui décarrent, bourrées de baveux plus frais qu’un arrivage de marée chez Prunier. Y a un sergent de ville à cheval devant l’immeuble. Cette image, c’est toute l’Amérique. Au pays de la Cadillac il y a des flics à bourrin ! Poésie pas clamsée, comme dirait un journaliste en mâle de copine
Naturlich, le père Pinaud s’arrête pour mater la croupe du cheval sur laquelle on a dessiné un motif quadrillé à la tondeuse.
Cet examen indispose le canasson qui, se trouvant être une jument, se met en devoir d’uriner sur mon honorable camarade.
Vexé, Pinaud nous rejoint.
— Ces chevaux américains sont mal élevés, soupire-t-il. Je me souviens, lorsque j’étais dans la cavalerie…
Nous nous empressons de juguler ce flot de souvenirs qui nous menace et nous atteignons le carrefour de Broadway. La circulation est fantastique, la publicité itou. C’est un déferlement de bagnoles, un prodigieux amoncellement de panneaux aux dimensions fabuleuses…
