Un second flic, taillé en athlète, règle le rush des voitures avec beaucoup de flegme. Ils sont drôlement loqués ici, les bourdilles. Futal bleu, limace bleue, casquette bleue… Et un harnachement qui ferait pleurer des larmes de cierge à un boy-scout de chez nous ! Mordez plutôt ! Deux revolvers ! Une ceinture garnie de balles ! Un sifflet ! Une lampe électrique ! Un plan de New York ! Un stylo ! Plus, rejoignant en cela tous les poulardins du globe, un petit carnet en contredanse ! Vous parlez d’un embrasse-en-ville, mes aïeux !

On se demande comment qu’il s’y prend, le frangin, pour conserver l’air martial.

— Mince, bavoche le Gros. Quand j’étais à la circulante, s’il m’avait fallu coltiner tout ça sur les miches !

— Tu pèserais quelques kilos de moins maintenant ! Probable…

— Le mot kilos le fait penser au mot obèse, le mot obèse au mot manger, le mot manger au mot faim !

— Tu crois qu’on peut tortorer dans ce pays ? Moi j’ai une dent de lion !

— On va essayer…

Au pifomètre, grisé par ce sentiment de liberté totale qu’on éprouve à New York, j’emmanche, en tout bien tout honneur, Broadway jusqu’à la 42e rue. Ensuite nous tournons à gauche en direction de Grand Central…

Il y a un trèpe inouï sur les trottoirs. Les vitrines des magasins croulent sous les marchandises empilées. On vend de tout ! Plus des trucs inconnus dont l’utilité me paraît très imprécise.

Je remarque surtout l’abondance des magasins de farces et attrapes !

Ils font les délices de Bérurier. Il est très tenté par des masques de caoutchouc représentant des gorilles de cauchemar. Il me demande illico de lui en acheter un, afin, dit-il, de foutre la jaunisse à son ami le coiffeur, autrement dit à l’amant de sa femme.



13 из 98