
— Vous voyez, avant, il n’y avait que les pauvres à soutenir Iouchtchenko. Maintenant, les oligarques retournent leur veste. C’est bon signe !
Des miliciens filtraient les voitures à l’entrée de la rue en pente abritant l’ambassade US, un bâtiment jaune de trois étages, au milieu d’un jardin clôturé fermé par une grille verte. Seul signe inhabituel : un énorme «dise» de trois mètres de diamètre planté dans le jardin comme un arbre surréaliste. En face de l’ambassade, il n’y avait qu’un parc, désert en cette saison. Dans ce quartier calme sur une des innombrables collines de Kiev, on semblait bien loin des affrontements politiques… Irina gara la BMW dans la portion de rue interdite et précéda Malko, après avoir tapé le code secret ouvrant la grille et salué au passage les deux Marines en faction. L’ambassade était de dimensions plutôt modestes. Ils prirent l’ascenseur jusqu’au deuxième. La jeune femme entrouvrit une porte et se retourna vers Malko :
— Mister Redstone est en conférence avec son deputy Venez.
Ils traversèrent le secrétariat pour gagner le bureau voisin. Deux hommes, en bras de chemise, étaient attablés devant des papiers étalés sur une grande table. Les murs disparaissaient sous des cartes piquetées de signes mystérieux. Le plus âgé se leva : il avait l’air d’un Italien, avec des cheveux noirs rejetés en arrière, un visage allongé. Il serra longuement la main de Malko.
— Donald Redstone, vraiment content de vous accueillir ! lança-t-il. Je vous présente mon deputy, un ancien de la Navy, John Muffin.
John Muffin avait la mâchoire carrée, un regard direct, mais quelque chose d’indéfinissable émanait de lui. Malko mit quelques secondes à comprendre ce qui l’interpellait. Une certaine douceur dans le regard… Des gestes un peu trop appuyés. John Muffin faisait partie de la grande communauté des gays.
Le chef de station, laissant John Muffin et Irina Murray en tête à tête, entraîna Malko dans le bureau voisin, et referma aussitôt la porte.
