
— Hélas ! soupira l’Américain, ce n’est pas aussi simple que cela… Smeshko m’a tout de suite contacté en me jurant qu’il n’y était pour rien. Ce que je crois, car il a toujours été de notre côté. Ce n’est pas le cas de son adjoint, Vladimir Satsyuk. Bien que celui-ci clame son innocence.
— Que s’est-il passé exactement ?
— Lors de ce dîner, on a apporté à chaque convive une assiette de langoustines déjà préparées en cuisine. Quelqu’un a versé sur celles de louchtchenko de la dioxine, une dose 10000 fois supérieure à celle tolérée par l’organisme, c’est-à-dire un pictogramme. Dans le cas de Viktor louchtchenko, les médecins estiment que la dose était entre un et dix grammes ! Ce qui a déclenché chez lui une crise de chloroacnée très spectaculaire, sans compter des atteintes au foie, au pancréas et à la colonne vertébrale.
Intrigué, Malko demanda :
— La dioxine ne pouvait pas le tuer sur le coup ?
— Non, même à une dose très forte.
— Pourquoi n’a-t-on pas utilisé de la ricine ou du cyanure ?
L’Américain hocha la tête.
— C’est évidemment ce que nous nous sommes demandé. Mais cela aurait été trop gros, s’il était tombé raide mort dans la datcha du numéro 2 du SBU ! Et puis, je crois qu’on ne voulait pas le tuer. Simplement le mettre hors d’état de mener sa campagne. Ou alors, on s’est trompé de dose.
— Qui est «on»?
Donald Redstone n’hésita pas une seconde.
— Ou Poutine ou quelqu’un de très proche de lui… Dès la nouvelle de l’empoisonnement, Vladimir Poutine a prétendu que c’était une fausse nouvelle propagée par les militants de la «révolution orange», que louchtchenko avait une grippe intestinale… Depuis cette déclaration, notre enquête a progressé. Nous pensons avoir remonté la filière. Au départ de cette affaire, il y a un proche collaborateur de Vladimir Poutine au Kremlin, un certain Gleb Pavlovski. Venu à plusieurs reprises en Ukraine, il est très proche du représentant officieux de Poutine à la présidence ukrainienne, Oleg Budynok, le chef de l’administration présidentielle. Ce dernier est également lié au numéro 2 du SBU, Vladimir Satsyuk, chez qui avait lieu le dîner où Viktor Iouchtchenko a été empoisonné.
