
— Donc, vous savez tout, observa Malko.
L’Américain lui adressa un sourire ironique.
— On suppose, sans aucune preuve. Ce qui ne veut rien dire, car tout le monde nie.
— Si Iouchtchenko gagne, remarqua Malko, les langues vont se délier et on pourra remonter la piste. De toute façon, à quoi bon ? Cette manip’ n’aura pas empêché le déroulement des élections.
— Effectivement, confirma Donald Redstone, la Cour suprême ukrainienne vient d’annuler le second tour contesté des élections et il y aura un troisième tour, le 26 décembre, que Iouchtchenko est pratiquement sûr de remporter, étant donné sa popularité. Finalement, cette histoire d’empoisonnement s’est retournée contre ses auteurs.
— Donc, tout va bien, conclut Malko.
— À un détail près, corrigea le chef de station, c’est que le combat ne fait que commencer. Vladimir Poutine s’est réveillé trop tard, mais, désormais, il va faire tout ce qui est en son pouvoir pour éviter que l’Ukraine ne tombe dans l’orbite occidentale.
— Vous craignez un autre attentat physique contre Iouchtchenko ?
— Ce n’est pas impossible, reconnut Donald Redstone. Grâce aux partisans de Ianoukovitch dans les services de l’administration, les ennemis de Iouchtchenko disposent d’une force de frappe importante. Un attentat qui semblerait venir de l’intérieur n’est pas gênant pour le Kremlin, au contraire.
— Iouchtchenko se méfie, non ?
— Bien sûr, mais on ne peut pas tout anticiper. Aussi, je pense que la meilleure assurance vie pour lui est de bloquer d’avance toute tentative. C’est pour cela que vous êtes à Kiev.
Malko le regarda, interloqué.
