– Vous souvenez-vous de ce qu’elle lui chanta?


– Oui! voici ce qu’il me parut entendre:

Nos jeunes gens sont bien faitsEt leurs vêtements sont brodés d’argent;Mais un jeune officier russeEst plus svelte qu’euxEt porte des galons d’or.Il est au milieu d’euxComme un beau peuplierSeulement il ne grandira pointEt ne fleurira point dans notre jardin.

Petchorin se leva, la salua, mit la main sur son front et sur son cœur et me pria de répondre pour lui.


– Je connaissais leur langue et je traduisis sa réponse. Lorsqu’elle s’éloigna de nous, je dis à l’oreille de Petchorin:


– Eh bien! comment la trouvez-vous?


– Que de charmes! me répondit-il; comment s’appelle-t-elle?


– Elle se nomme Béla.»


Elle était réellement belle; grande, svelte, des yeux noirs comme ceux des chamois de la montagne et qui pénétraient jusqu’au fond de l’âme. Petchorin, tout rêveur, n’ôtait plus ses yeux de dessus elle, et elle le regardait de temps en temps. Mais il n’était pas seul à admirer la jolie princesse. D’un coin de la chambre, deux autres yeux se fixaient sur elle, immobiles et ardents. Je regardai de ce côté et je reconnus ma vieille connaissance Kazbitch. C’était un homme ni soumis, ni insoumis; mais beaucoup de soupçons planaient sur lui, quoiqu’il n’eût été remarqué dans aucune algarade. Il nous amenait à la forteresse des moutons et nous les vendait assez bon marché; toutefois il ne souffrait pas qu’on les lui marchandât; ce qu’il demandait, il fallait le lui donner; il se serait plutôt fait tuer que de céder. On disait aussi de lui qu’il aimait à rôder au-delà du Kouban avec les Abreks



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