Sa figure était celle d’un brigand. Il était petit, sec et large d’épaules, aussi adroit, aussi leste qu’un diable. Ses vêtements étaient toujours en loques, mais ses armes étaient montées en argent. On vantait son cheval dans tout Kabarda et réellement il était impossible de trouver rien de meilleur que cet animal. Ce n’était pas sans raison que tous les cavaliers le lui enviaient et que, plusieurs fois, ils avaient essayé de le lui voler, sans pouvoir y réussir. Quand je songe encore maintenant à ce cheval! Il était noir comme du jais, des cordes pour jarrets, des yeux comme ceux de Béla, et quelle vigueur! on pouvait faire avec lui cinquante verstes sans s’arrêter; il était dressé comme un chien qui suit son maître, connaissait sa voix, et ce dernier ne l’attachait jamais; c’était enfin un vrai cheval de bandit.


Ce soir là, Kazbitch était plus mélancolique qu’à l’ordinaire. Je remarquai qu’il avait sous son vêtement une cotte de mailles. Ce n’est pas sans motif, pensai-je, qu’il a revêtu cette cotte de mailles; il doit certainement méditer quelque coup.


La chaleur était étouffante dans la cabane et j’allai à l’air pour me rafraîchir. La nuit descendait déjà sur la montagne et l’ombre envahissait les défilés. Je songeai à revenir sous le hangar où étaient nos chevaux, afin de voir s’ils avaient du fourrage; et puis on n’est jamais trop prudent! J’avais un beau cheval et pas un Kabardien ne le regardait sans me jalouser.


Je me glissai le long de la cloison et j’entendis alors une voix que je reconnus tout de suite. C’était celle de cet étourdi d’Azamat, le fils de notre hôte. Il parlait à un autre, distinctement, mais à voix basse.


De quoi parlent-ils? ne serait-ce pas de mon cheval? Je m’accroupis contre la cloison et me mis à écouter; m’efforçant de ne pas perdre un mot. Parfois le bruit des chants et le murmure des voix étouffaient cette conversation curieuse:



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