«Tu as un bien beau cheval, disait Azamat; si j’étais le maître à la maison et si j’avais un troupeau de trois cents juments, je t’en donnerais la moitié pour ton coureur, Kazbitch!»


Ah! c’est Kazbitch! pensai-je et je me souvins de la cotte de mailles.


– Oui! répondit celui-ci, après un instant de silence; dans tout Kabarda il n’a pas son pareil! Une fois, c’était au-delà du Terek, j’étais parti avec des Abreks pour enlever des troupeaux russes; nous ne réussîmes pas et nous nous dispersâmes dans tous les sens; j’avais à ma poursuite quatre Cosaques. Et déjà, j’entendais leurs cris et leurs jurements de très près, lorsque devant moi se présenta un bois épais. Couché sur ma selle, je me recommandai à Allah et pour la première fois de ma vie, j’offensai mon coursier en le frappant du fouet. Comme un oiseau, il plongea au milieu des branches; les épines tranchantes déchiraient mes vêtements; les branches sèches me battaient le visage; et mon cheval bondissait par-dessus les troncs d’arbres coupés et enfonçait les buissons avec sa poitrine. Il aurait mieux valu peut-être l’abandonner et me cacher à pied dans le bois, mais je n’eus pas le cœur de m’en séparer et le prophète m’en récompensa. Plusieurs balles sifflèrent au-dessus de ma tête; les Cosaques étaient descendus de cheval et couraient sur mes traces; quand tout à coup devant moi, s’ouvre un précipice. Mon coursier hésite un instant, puis s’élance; ses pieds de derrière glissent sur le bord opposé, il reste accroché par les pieds de devant; alors j’abandonne les rênes et roule dans le précipice: ce fut le salut de mon cheval qui parvint à se replacer d’un bond. Les Cosaques avaient vu tout cela; mais pas un d’eux n’osa se mettre à ma poursuite; ils crurent assurément que je m’étais tué et je les entendis s’élancer pour prendre mon cheval.



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