Mon cœur saignait; je me mets à ramper sur l’herbe épaisse le long du précipice; je regarde; c’était la limite du bois. Quelques Cosaques entrent dans la plaine et bientôt mon cheval passe devant eux; tous se jettent, en criant, après lui. Longtemps, longtemps ils le poursuivirent; l’un d’eux, surtout, faillit deux fois jeter le lacet sur son cou; je frémis, baissai les yeux et me mis à prier. Au bout d’un moment je regardai et je vis mon cheval qui volait, secouant sa queue et libre comme le vent: Au loin les Cosaques défilaient l’un après l’autre à travers le steppe sur leurs chevaux fatigués. Mais par Allah! ceci est la vérité, la simple vérité; jusqu’à la nuit avancée je restai caché dans le précipice; tout à coup, tu ne le croirais pas Azamat, dans les ténèbres j’entends courir un cheval au bord du ravin, il hennit et frappe la terre de ses fers et je reconnais le hennissement de mon cheval; car c’était lui, mon compagnon; depuis lors, nous ne nous sommes plus séparés. Et on entendait comme il frappait avec sa main sur la fine encolure de l’animai, en l’appelant des noms les plus caressants.


– Si j’avais un haras de mille juments, dit. Azamat, je te le donnerais en échange de ton Karaguetz

– Et je n’accepterais point, répondit avec indifférence Kazbitch.


– Écoute Kazbitch! dit Azamat en se rapprochant de lui avec un air câlin; tu es un homme! Tu es un brave guerrier! tandis que mon père a peur des Russes et ne me laisse pas aller dans les montagnes; donne-moi ton cheval et je ferai tout ce que tu voudras. Je déroberai pour toi à mon père sa meilleure carabine, son meilleur cimeterre, ce que tu voudras, et son sabre est un véritable Damas; il coupe la peau rien qu’en l’approchant de la main, et une cotte de mailles comme la tienne ne serait rien pour lui.


Kazbitch se taisait.


– La première fois que je vis ton cheval, continua Azamat, il s’agitait sous toi, bondissait, soufflait avec ses naseaux et faisait jaillir une pluie d’étincelles sous ses sabots.



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