
Dans presque toute la ville le calmerègne. Les commerces matinaux ouvrent, et les marchands installent leurs étalssur les places. Mais cette apparence de vie normale diminue aux approches de laPuerta del Sol : du côté de San Felipe et de la rue Postas, de la rueMontera, de l’église du Buen Suceso et des éventaires des librairies de la rueCarretas encore fermées, se forment des petits groupes de citadins quiconvergent vers la porte de l’hôtel des Postes. Et à mesure que la villes’éveille et s’anime, de plus en plus de personnes apparaissent aux fenêtres etaux balcons. Le bruit court que Murat, grand-duc de Berg et représentant deNapoléon en Espagne, veut conduire aujourd’hui la reine d’Étrurie et l’infantdon Francisco de Paula en France, pour les réunir aux anciens rois et à leurfils Ferdinand II qui sont déjà à Bayonne. Ce qui inquiète le plus, c’estl’absence de nouvelles du jeune roi. Deux courriers que l’on attendait delà-bas ne sont toujours pas arrivés, et les gens murmurent. La rumeur ditqu’ils ont été interceptés. On dit aussi que l’Empereur veut garder tout cemonde ensemble pour le manœuvrer plus commodément et que le jeuneFerdinand VII, qui s’y oppose, a envoyé des instructions secrètes à laJunte de Gouvernement que préside son oncle, l’infant don Antonio. On rapportequ’il a déclaré : « Ils ne m’ôteront la couronne qu’avec lavie. »
Tandis que les trois berlines videsstationnent devant le Palais, de l’autre côté de la Calle Mayor, à la Puertadel Sol, l’enseigne de frégate Manuel María Esquivel, accoudé à la balustrade
