
— Sur le pied de guerre, commeje vous le dis, insistait Sexti. Les soldats de l’armée impériale font desdifficultés pour me laisser passer devant la caserne du Prado Nuevo, sans tenircompte de mon uniforme… Tout cela sent très mauvais, je vous assure…
— Et il n’y a aucuneinstruction précise ?
— Précise ?… Ne divaguezpas, mon cher. La Junte de Gouvernement ressemble à un poulailler, et le renardest à l’intérieur.
Les deux militaires en étaient là deleur conversation quand ils ont entendu un bruit de chevaux qui les a faitsortir à temps pour voir un fort parti de Français qui se dirigeait au galopvers le Buen Retiro, sous la pluie, afin de rejoindre les deux mille hommes quiy campent avec de l’artillerie. À ce spectacle, Sexti a filé en grande hâte,sans prendre le temps de dire au revoir, et Esquivel a envoyé un nouveaumessager à ses supérieurs pour demander des instructions, sans recevoir deréponse. En conséquence, il a mis ses hommes en état d’alerte et renforcé lavigilance durant le reste de la nuit, qui lui a paru longue. Il y a un moment,quand le peuple a commencé à se rassembler à la Puerta del Sol, il a donnél’ordre à un caporal et à quatre hommes de demander aux gens de sedisperser ; mais personne n’obéit, et les groupes grossissent de minute enminute. Ne pouvant faire plus, l’enseigne de frégate a donc commandé au caporalet aux soldats de se retirer, et, dès le moindre incident, aux sentinelles derentrer et de fermer les portes. Même si une altercation éclatait, lesgrenadiers ne pourraient pas réagir, ni dans un sens ni dans un autre. Ni euxni personne. Par ordre de la Junte de Gouvernement et de don Francisco JavierNegrete, capitaine général de Madrid et de la Nouvelle-Castille, et pourcomplaire à Murat, les troupes espagnoles ont été privées de munitions. Avecdix mille soldats de l’armée impériale dans la ville, vingt mille disposés auxalentours et vingt mille encore à seulement une journée de marche, les troismille cinq cents soldats de la garnison sont sans défense devant les Français.
