
« Autant la confiance et lagénérosité de ce peuple envers les étrangers sont sans bornes, autant savengeance est terrible quand on le trahit. »
Jean-Baptiste Antoine MarcellinMarbot, fils et frère de militaires, futur général, baron, pair de France ethéros des guerres de l’Empire, pour l’heure simple capitaine de vingt-six ansaffecté à l’état-major du grand-duc de Berg, referme le livre qu’il tient dansses mains et consulte la montre posée sur la table de nuit. Aujourd’hui, il nedoit pas prendre son service au palais Grimaldi avant dix heures et demie, avecles autres officiers de Murat ; de sorte qu’il se lève sans hâte, terminele petit déjeuner qu’un domestique de la maison où il loge lui a servi dans sachambre et se met en devoir de se raser près de la fenêtre en contemplant larue déserte. Le soleil qui passe à travers les vitres éclaire, disposé sur unsofa et une chaise, son élégant uniforme d’aide de camp du grand-duc :pelisse blanche, pantalon écarlate, bottes à l’allemande et colback de fourrureà la hussarde. Malgré sa jeunesse, Marbot est un vétéran de Marengo,Austerlitz, Iéna, Eylau et Friedland. Il a donc de l’expérience. Et c’est, deplus, un militaire cultivé : il lit des livres. Cela lui donne une visiondes événements plus large que celle de beaucoup de ses camarades, partisans detout régler à coups de sabres.
Le jeune capitaine continue à seraser. Un ramassis de culs-terreux abrutis et ignares, gouvernés par desprêtres. C’est ainsi que, il y a peu, l’Empereur a qualifié les Espagnols qu’ilméprise – et non sans motif – pour la veulerie de leurs rois, l’incompétence de
