
leurs ministres et de leurs conseils, l’inculture du peuple et son absenced’intérêt pour les affaires publiques. Pourtant le capitaine Marbot, lui, aprèsquatre mois passés en Espagne, est arrivé à la conclusion – c’est du moins cequ’il affirmera quarante ans plus tard dans ses Mémoires – que l’entreprisen’est pas aussi facile que d’aucuns le croient. Les bruits qui circulent sur leprojet de l’Empereur de mettre fin à la dynastie corrompue des Bourbons, deretenir toute la famille royale à Bayonne et de donner la couronne à l’un de sesfrères, Lucien ou Joseph, ou au grand-duc de Berg, contribuent à rendrel’atmosphère irrespirable. D’après certains indices, Napoléon estime que lemoment est favorable à l’exécution de ses plans. Il est convaincu que lesEspagnols, las de l’Inquisition, des prêtres et de leur mauvais gouvernement,poussés par des compatriotes éclairés dont le regard est tourné vers la France,se jetteront dans ses bras ou dans ceux d’une nouvelle dynastie qui ouvrira lesportes à la raison et au progrès. Mais, à part les conversations qu’il a puavoir avec quelques officiers et notables favorables aux idées françaises –ceux que l’on appelle ici les
afrancesados, ce qui n’est pas précisémentun compliment –, à mesure que les troupes impériales descendent des Pyrénées ets’enfoncent à l’intérieur du pays, prétendument pour aider l’Espagne contrel’Angleterre au Portugal et en Andalousie, ce que Marcellin Marbot lit dans lesyeux des habitants, ce n’est pas une aspiration à un avenir meilleur, c’est duressentiment et de la méfiance. La sympathie avec laquelle les arméesimpériales ont été accueillies au début s’est changée en suspicion, surtoutdepuis l’occupation de la citadelle de Pampelune, des forts de Barcelone et duchâteau de Figueras, sous des prétextes que même les Français qui se disentimpartiaux, comme Marbot, estiment fallacieux. Des manœuvres que les Espagnols,qu’ils soient militaires ou civils, y compris les partisans d’une allianceétroite avec l’Empereur, ont ressenties comme un coup de pistolet.