
Tenant à la main un court bâton qui irradiait une lueur bleutée, apparut alors la silhouette grisonnante et voûtée d’Amahain-Frolk, ministre de la Sécurité de la Gérontocratie de Sorpen. Le vieil homme lui sourit, eut un hochement de tête approbateur et, d’une main fine et décolorée, invita une seconde personne, restée dehors, à s’engager sur la passerelle et entrer à son tour. Il avait prévu que ce serait l’agent de la Culture, Balvéda, et ne se trompait pas. Elle franchit la passerelle d’un pas léger, regarda lentement autour d’elle, puis riva ses yeux à son corps à lui. Il sourit et s’efforça de la saluer d’un signe de tête. Ses oreilles frottèrent contre ses bras nus.
— Balvéda ! Je pensais bien te revoir un jour. Alors, on est venue voir l’hôte de la soirée ?
Il se força à sourire. Officiellement, c’était en effet son banquet à lui. Il en était l’hôte d’honneur. Encore une des petites plaisanteries de la Gérontocratie. Il espéra que sa voix ne trahissait nulle nuance de peur.
Pérosteck Balvéda, agent de la Culture, dépassait d’une bonne tête le vieillard qui la flanquait, et restait étonnamment belle sous la clarté blafarde de la torche bleutée ; elle secoua lentement sa tête mince et délicate. Sa courte chevelure noire reposait comme une ombre sur son crâne.
— Non, fit-elle. Je ne voulais ni te voir ni te dire adieu.
— C’est à cause de toi si je suis là, Balvéda, répondit-il calmement.
— Certainement, et l’endroit vous sied, rétorqua Amahain-Frolk en s’avançant autant qu’il le pouvait sur la plate-forme sans perdre l’équilibre et donc sans se retrouver contraint de poser le pied sur le sol détrempé. Je voulais qu’on vous torture d’abord, mais la demoiselle Balvéda ici présente… (le ministre tourna la tête vers l’arrière et sa voix aiguë, éraillée, résonna dans la cellule)… a plaidé en votre faveur. Dieu seul sait pourquoi. Mais vous êtes bien à votre place ici, assassin !
