
Il agita son bâton en direction de l’homme quasi nu plaqué contre la paroi immonde de la cellule.
Balvéda contemplait ses pieds, à peine visibles sous l’ourlet de sa longue robe grise toute simple. Au bout d’une chaîne passée à son cou, un pendentif circulaire brillait sous la lumière du couloir. Amahain-Frolk recula jusqu’à elle et leva son bâton lumineux en regardant le captif, les yeux plissés.
— Encore maintenant, je jurerais presque voir Egratin suspendu là à sa place, vous savez. J’ai… (il secoua sa tête osseuse)… j’ai du mal à croire qu’il n’en est rien, tant que cet homme n’ouvre pas la bouche en tout cas. Mon Dieu, quelles créatures dangereuses et effrayantes que ces Métamorphes !
Il se tourna vers Balvéda, qui lissa ses cheveux sur sa nuque et toisa le vieillard.
— Ce sont aussi les membres d’une race ancienne et fière, monsieur le Ministre, dont il ne reste que très peu de représentants. Puis-je vous supplier une dernière fois ? S’il vous plaît ? Laissez-lui la vie sauve. Il peut s’avérer…
Le Gérontocrate balaya sa supplique de sa main fine mais noueuse, et une grimace déforma ses traits.
— Non ! Vous feriez bien, mademoiselle Balvéda, de ne plus demander ainsi à ce qu’on épargne ce… cet assassin, ce traître et meurtrier espion. Croyez-vous donc que nous prenions à la légère la contrefaçon et le lâche assassinat de notre ministre de l’Extérieur ? Je n’ose imaginer les dommages que cette… chose aurait pu causer ! Je vous rappelle que, quand nous l’avons arrêtée, deux de nos gardes ont péri pour avoir été simplement égratignés par cette créature ! Un autre restera à jamais aveugle depuis que ce monstre lui a craché dans l’œil ! Enfin… (Amahain-Frolk adressa un sourire sarcastique à l’homme enchaîné.) Il n’y a plus rien à craindre de ce côté-là.
