
Balvéda fit la moue et baissa à nouveau les yeux en joignant ses mains graciles derrière son dos. Amahain-Frolk reporta son attention sur le prisonnier et, agitant son bâton dans sa direction, reprit :
— Vous n’en avez plus pour longtemps, imposteur ; et avec vous mourront les desseins que nourrissaient vos maîtres avides de dominer notre pacifique système ! Le même sort les attend s’ils tentent de nous envahir. Nous-mêmes et la Culture sommes…
L’homme secoua la tête du mieux qu’il put et coupa en rugissant :
— Frolk, vous êtes un imbécile ! (Le vieil homme recula comme s’il l’avait frappé.) Ne voyez-vous donc pas que vous serez absorbés de toute façon ? Probablement par les Idirans, sinon par la Culture. Vous n’êtes plus maîtres de vos destinées ; la guerre a mis fin à tout cela. Bientôt, ce secteur tout entier fera partie du front, à moins que vous ne l’incluiez de vous-mêmes dans la sphère idirane. On m’a simplement envoyé vous dire ce que vous auriez déjà dû comprendre : ne vous abusez pas vous-mêmes, au risque de le regretter plus tard. Pour l’amour du ciel, l’ami, les Idirans ne vont pas vous manger…
— Ha ! Ils en ont pourtant l’air capables ! Des monstres à trois pieds ! Des envahisseurs, des tueurs, des infidèles… Et vous voudriez que nous nous acoquinions avec eux ? Ces monstres longs de trois enjambées ? Que nous nous fassions fouler par leurs sabots ? Que nous soyons contraints d’adorer leurs faux dieux ?
