— Au moins ils ont un dieu, Frolk. La Culture, elle, n’en a aucun. (La douleur était revenue dans ses bras tandis qu’il se concentrait sur son discours. Il tenta tant bien que mal de changer de position et baissa à nouveau les yeux sur le ministre.) Eux au moins pensent de la même façon que vous. Ce qui n’est pas le cas de la Culture.

— Oh non, mon ami. Pas de ça. (Amahain-Frolk leva la main, paume tournée vers le captif, et secoua la tête.) Ce n’est pas ainsi que vous sèmerez la discorde.

— Mon Dieu, mais que ce vieillard est bête ! s’esclaffa l’homme. Voulez-vous savoir qui est le vrai représentant de la Culture sur cette planète ? Ce n’est pas elle, poursuivit-il en désignant la jeune femme d’un mouvement du menton, mais ce tranchoir à viande sur piles dont elle se fait suivre partout : son missile-couteau. C’est peut-être elle qui prend les décisions, et peut-être fait-il ce qu’elle lui ordonne ; mais le véritable émissaire, c’est lui. Voilà le cœur de la Culture : les machines. Parce que Balvéda a deux jambes et la peau douce, vous pensez devoir vous ranger de son côté, mais ce sont les Idirans qui sont du côté de la vie, dans cette guerre…

— Et vous, vous serez bientôt de l’autre côté de la vie. (Le Gérontocrate émit un reniflement de mépris et jeta un coup d’œil à Balvéda qui, le front bas, contemplait l’homme enchaîné.) Allons-nous-en, mademoiselle, fit Amahain-Frolk. (Il fit demi-tour et prit la jeune femme par le bras afin de la reconduire.) Par sa seule présence, cette… chose pue encore plus que sa cellule.

Alors Balvéda releva les yeux et, sans tenir aucun compte du ministre qui tentait de l’entraîner vers la porte, riva sur le prisonnier son regard franc aux prunelles sombres et écarta les bras.



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