
— Je suis navrée, lui dit-elle.
— Crois-moi si tu veux, mais c’est aussi ce que je ressens, répliqua-t-il en hochant la tête. Promets-moi seulement de ne pas trop manger ni boire ce soir, Balvéda. J’aimerais me dire qu’il y a au moins une personne là-haut qui soit de mon côté, même si ce doit être ma pire ennemie.
La phrase se voulait impertinente et drôle, mais ne réussit qu’à traduire son amertume. Il détourna la tête.
— Je te le promets, répondit Balvéda.
Elle se laissa attirer vers la porte et, dans la cellule humide, la lueur bleutée s’évanouit. Balvéda s’immobilisa sur le seuil. Relevant la tête au maximum sans se préoccuper de la douleur, il parvint à l’entrevoir. Le missile-couteau était là aussi, juste à l’entrée de la pièce. Sans doute avait-il assisté à toute la scène mais, dans l’obscurité, l’homme n’avait pu repérer la petite silhouette aux lignes tranchantes et épurées de la machine. Il plongea son regard dans les yeux noirs de Balvéda au moment où le missile entrait en mouvement.
L’espace d’une seconde, il crut que la jeune femme lui avait donné l’ordre de l’achever sur-le-champ – promptement et sans bruit, tandis qu’elle se tenait entre lui et Amahain-Frolk –, et son cœur battit à tout rompre. Mais, filant en suspension dans les airs, le petit engin se contenta de passer devant le visage de Balvéda, puis de sortir dans le couloir. La jeune femme leva une main en guise d’adieu.
— Au revoir, Bora Horza Gobuchul.
Sur ces mots, elle fit subitement volte-face, descendit de la plate-forme et quitta la cellule. On tira la passerelle ; la porte se referma violemment en éraflant les boudins de caoutchouc sur le sol visqueux, et émit un sifflement d’air : ses joints internes la rendaient à présent étanche. L’homme resta pendu là, à contempler un moment le sol invisible en attendant de replonger dans la transe qui métamorphoserait ses poignets et réduirait leur volume afin qu’il puisse se libérer. Le ton solennel, définitif, sur lequel Balvéda avait prononcé son nom l’avait anéanti à l’intérieur, et il comprit alors, si ce n’était déjà fait, qu’il ne s’en sortirait pas.
