
Ce roman est truffé de figures de la mort. Non pas tant de la mort des individus qui fait partie de la vie, que de celle de sociétés entières, de civilisations. La race d’Horza est sur le point de disparaître, en raison du reste de la crainte que ses talents inspirent à la plupart des peuples. Le Monde de Schar tout entier est un gigantesque mausolée d’une civilisation qui a vécu ses guerres intestines dans une prolifération délirante d’engins de destruction jusqu’à son anéantissement : le système de bases mobiles souterraines aurait enchanté le Docteur Folamour du film de Stanley Kubrick.
Et dans la guerre qui s’engage entre la Culture et les Idirans, il est bien sûr que l’une des deux civilisations disparaîtra. Même si la Culture l’emporte et s’abstient de détruire les Idirans comme ceux-ci feraient de leurs adversaires, parce que cela est contraire à son éthique, elle empêchera la civilisation idirane de poursuivre ce qu’elle considère comme sa raison d’être au regard de Dieu, le fanatisme conquérant.
Une forme de guerre contient donc une sorte de réflexion sur la fin des civilisations. C’est un thème fort richement représenté dans la science-fiction qui abonde en sociétés disparues, menacées, déclinantes, décadentes, fossiles.
Il est difficile de ne pas songer aussitôt à la célèbre phrase de Paul Valéry : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Cette phrase fameuse et citée jusqu’à en avoir la nausée chaque fois que l’histoire semble trébucher, c’est-à-dire ne pas suivre le cours exact que lui voyait assigné un commentateur, Paul Valéry la publie en 1919, d’abord dans une revue anglaise, puis dans La Nouvelle Revue Française. Elle sera reprise en 1924 dans le premier recueil d’essais intitulé Variété où l’on va en général la dénicher sous le titre de La Crise de l’esprit. Elle est évidemment inspirée par l’épouvantable boucherie de la Première Guerre mondiale.
