Dix ans plus tard, elle prendra une tournure prophétique avec la montée du nazisme puis la Seconde Guerre mondiale. Il est difficile d’imaginer une période plus sombre de l’histoire contemporaine que ce terrible creux de l’entre-deux-guerres où une crise économique sans véritable précédent vient confirmer les totalitarismes. Des hommes de grandes intelligence et culture ont pu penser profondément que la civilisation allait céder devant la barbarie, qu’il n’y avait pas d’avenir, et céder au désespoir.

Et cependant, notre civilisation n’est pas morte. En cette fin de siècle, elle est plus florissante, plus riche et plus variée que jamais. À bien des égards, notre siècle apparaît bousculé par de terribles accidents, mais il a suivi son cours avec une continuité remarquable en réalisant la plupart des rêves des hommes du siècle précédent. Il convient donc de s’interroger sur la portée générale de la phrase de Valéry, ainsi qu’elle est généralement citée, en la dégageant de son contexte, et en lui accordant ce regard très particulier que confère la lecture de la science-fiction, un regard du long terme, voire du très long terme, balayant certes le passé mais aussi l’imprévisible avenir.

Les civilisations sont-elles vraiment mortelles ?

Si l’on réduit une civilisation à la culture d’une élite, à des modes de vie, à des rapports sociaux, à des modes de production, à des formes de pouvoir, à des religions, des cultes et des rites, à des langues figées un temps dans un corpus d’œuvres décrétées classiques, et même à des façons de sentir et à des relations interpersonnelles, alors oui, les civilisations sont sans doute mortelles. Mais peut-être s’agit-il de changements de tous ces traits et de bien d’autres, d’une évolution qui aboutit au bout de quelques siècles, voire seulement de quelques décennies, à donner l’impression de se trouver en présence d’une civilisation différente, plutôt que de ruptures radicales, de mort et de renaissance.



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