Si l’on prend en compte d’autres traits qui ont la forme de questions scientifiques, philosophiques, d’interrogations sur l’organisation du pouvoir politique dans la société, on observe une remarquable continuité des grecs présocratiques à notre temps. Et peut-être peut-on même remonter plus haut aux Égyptiens et aux Babyloniens que les Grecs considéraient comme leurs prédécesseurs, leurs inspirateurs et leurs interlocuteurs. Des réponses définitives ont été données à des questions parfois vieilles de deux millénaires. Et si le travail persistant sur des questions, y compris très concrètes comme le statut à donner aux enfants et aux femmes, aux malades et aux pauvres, est le travail de la civilisation, alors nous appartenons à une civilisation qui n’est jamais morte, qui n’a jamais cessé d’évoluer et de s’enrichir des apports de sociétés diverses. En cela la Culture est une métaphore de notre propre civilisation métissée et composite.

Bien entendu, il serait anachronique de prétendre que nos réponses correspondent exactement aux questions des anciens Grecs ou des Latins. En un sens, très peu d’entre nous parvenons à comprendre, et très difficilement, leurs questions parce qu’elles étaient insérées dans un contexte qui a disparu ou plutôt changé et qu’il n’est pas aisé, qu’il est peut-être même impossible de se représenter. Mais nos réponses sont bien des réponses à leurs questions telles qu’elles ont changé. D’eux à nous, il y a un fil jamais rompu, qui nous tisse. Nos langues sont issues des leurs, non par une substitution brutale, mais à la suite de glissements incessants et imperceptibles durant certaines époques où la pression des modèles s’est relâchée. Au fond, nous appartenons à la même civilisation. C’est une question de forme et de changement de forme. Notre civilisation est métamorphe.



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