
jour dans une église et aperçut une jeune adolescente, Julia Primic, dont il tomba éperdument amoureux. Tels les ménestrels d’autrefois, il se mit à composer des poèmes pour elle avec l’espoir de l’épouser.
Or Julia était issue d’une famille de la haute bourgeoisie, et, hormis cette vision fortuite dans l’église, Presˇeren ne réussit plus jamais à l’approcher. Mais cette rencontre lui inspira ses plus beaux vers et fit naître la légende qui entoure son nom. Sur la petite place centrale de Ljubljana, la statue du poète garde les yeux fixés dans une certaine direction : en suivant son regard, on découvre, de l’autre côté de la place, le visage d’une femme sculpté dans le mur d’une maison, celle-là même où vivait Julia. Ainsi, même dans la mort, Presˇeren contemple pour l’éternité son amour impossible.
Et s’il avait lutté davantage ?
Le cœur de Zedka se mit à battre. Peut-être était-ce le pressentiment d’un malheur ? Et si un accident était arrivé à ses enfants ? Elle se précipita chez elle : ils regardaient la télévision en mangeant du pop-corn.
Mais la tristesse demeura. Zedka se coucha, dormit douze heures ou presque et, à son réveil, elle n’avait plus envie de se lever. L’histoire de Presˇeren avait fait resurgir l’image de son pre87
mier amant, dont elle n’avait plus jamais eu de nouvelles. Et elle se demandait : « Ai-je suffisamment insisté ? N’aurais-je pas dû accepter le rôle de maîtresse au lieu de vouloir que les choses correspondent à mes attentes ? Ai-je lutté
pour mon premier amour avec autant de force que j’ai lutté pour mon peuple ? »
Zedka parvint à s’en convaincre, mais la tristesse demeurait. La maison près de la rivière, le mari qu’elle aimait, les enfants mangeant du pop-corn devant la télévision, tout ce qui lui avait semblé un paradis devint un enfer. Aujourd’hui, après maints voyages astraux et nombre de rencontres avec les esprits évolués, Zedka savait que tout cela n’était que sottise. Elle s’était servie de son Amour impossible comme d’une excuse, d’un prétexte pour rompre les liens qui la retenaient à la vie qu’elle menait et qui était loin de correspondre à ce qu’elle attendait véritablement d’elle-même.
