
Pourtant, douze mois plus tôt, elle s’était lancée frénétiquement à la recherche de l’homme qu’elle avait perdu et avait dépensé des fortunes en appels internationaux, mais comme il n’habitait plus la même ville, elle ne put retrouver sa trace. Elle envoya des lettres par courrier 88
express, lettres qui finissaient par lui être retournées. Elle appela tous les amis qui le connaissaient, mais personne n’avait la moindre idée de ce qu’il était devenu.
Son mari ne savait rien, et cela la rendait folle
– il aurait dû au moins avoir quelque soupçon, lui faire une scène, s’en aller, menacer de la jeter à la rue. Elle acquit peu à peu la certitude qu’il avait suborné les téléphonistes internationales, les postes, ses amies, et qu’il feignait l’indifférence. Elle vendit les bijoux qu’on lui avait offerts pour son mariage et acheta un billet pour une destination de l’autre côté de l’océan, jusqu’au jour où quelqu’un la persuada que les Amériques formaient un territoire immense et que cela ne servait à rien de partir sans savoir où
elle allait.
Un soir, elle se coucha, souffrant d’amour comme elle n’avait jamais souffert, même quand elle avait dû reprendre sa vie quotidienne ennuyeuse à Ljubljana. Elle passa dans sa chambre la nuit, toute la journée, et encore la suivante. Le troisième jour, son mari appela un médecin. Il était trop bon ! Il se faisait du souci pour elle ! Ne comprenait-il pas que Zedka voulait retrouver un autre homme, commettre l’adultère, échanger son existence de femme respectée contre celle d’une pauvre maîtresse clandestine, quitter pour toujours Ljubljana, sa maison, ses enfants ?
