Avec cet été pourri, nous sommes bronzés comme des comprimés d'aspirine. Il n'y a que l'ancien percepteur qui le soit, mais lui, c'est parce qu'il vient d'avoir la jaunisse.

— Alors on s'en va, M'man ?

— On s'en va ! fait-elle en s'efforçant de rendre sa voix enjouée.

Elle renifle un peu, ce qui, chez M'man, est un signe d'inquiétude.

— Que va dire Mme Rigodin ?

C'est la taulière.

— Je vais lui expliquer que j'ai eu un coup de tube de Paris me rappelant. T’inquiète pas. Si elle rouscaille trop je lui voterai un dédit.

Apaisée, M’man grimpe à nos chambres pour préparer les valoches. Moi, je décide d'attaquer la patronne. C'est une dame plutôt forte, dont la poitrine ressemble à deux citrouilles dans un sac. Elle l'étale sur sa caisse ou bien la coltine en se cambrant pour ne pas se laisser entraîner. Lorsque je m'annonce, elle est en train de faire une addition longue comme un rouleau de papier hygiénique. Son maître queux de mari est à ses côtés, qui surveille. Je me garde de les troubler en cet instant décisif et je m'installe dans un coin de la salle à briffer. La servante est occupée à fourbir un objet d'art en plâtre représentant un gros chien-loup à la langue pendante. C'est la décoration number one de la desserte.

La servante est encore plus tartignole que l'objet d'art. C'est une rouquine blême, aux crins raides. Elle est vioque, plate et bornée. Franchement, je suis pas gâté. Voilà quinze days que votre petit camarade se met la tringle, mes pauvres loutes. Ça commence à faire un peu beaucoup ! J'ai pas l'habitude de jouer les ascètes, moi ! Je ne dispose pas de suffisamment d'autonomie pour me permettre une abstinence aussi prolongée. Dans l'état où je suis, faudrait pas me donner un troupeau de chèvres à garder ! L'heure du berger, ça pourrait devenir la mienne !



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