La servante se baisse pour ramasser une épingle (elle a lu la vie des Rothschild dans « Constellation »). Sa pauvre croupe anguleuse me laisse indifférent. Mais mon imagination délirante en recrée d'autres, plus rebondies, plus appétissantes, plus fascinantes.

— A quoi pensez-vous, amigo ?

Je prends un coup de battoir sur les endosses qui manque me pulvériser la clavicule.

Je me retourne et découvre l'adjudant en retraite. Il est chauve, rubicond, avec des moustaches de chat, un nez en bec de canard, et des petits yeux pareils à des boutons de bottine. C'est un bon vivant. Signe particulier : ne roule pas les « r ».

— Je fais de la délectation morose, dis-je.

Ses sourcils se joignent. Il a beau être chauve, il a tout de même le front étroit. Quarante ans de képi lui ont une fois pour toutes cisaillé la dragée. Ses sourcils ressemblent à une visière.

— Moi, c'est la vésicule, dit-il. On a tous quelque chose.

Il empoigne un journal qui traîne et en lit les titres.

— Toujours rien de neuf à propos de l'assassinat du candidat député de Bellecombe-sur-Moulx, observe-t-il avec scepticisme.

Je ne réponds pas. Il y a dans sa voix un je ne sais quoi d'acerbe et de provocant. Il sait qui je suis et ne m'a pas caché qu'il tenait les nouveaux policiers pour des salopards. Je pressens donc de nouveaux sarcasmes et je me prépare à faire front.

— De mon temps, affirme-t-il, une affaire de ce genre était élucidée dans la journée.

— Ah oui ?

— Ben voyons ! Ce candidat avait des ennemis. Il est facile de les démasquer. Un bon interrogatoire rondement mené et je vous livre le coupable.

— Les ennemis d'un homme politique ne sont pas des ennemis ordinaires, objecté-je.



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