
Bon, je vous disais : Hobart. Nous y sommes ! Un port ! Des grues, des grosses bittes, des bateaux noirâtres, des usines, une ville posée dans du vert.
Le zinc qui nous amène de Melbourne se pose sur une piste qui, de là-haut, ressemblait à un jeu de boules.
A peine au sol, on s'aperçoit qu'on est dans un patelin anglais. Pour nous autres, citoyens du monde, il ne reste plus que ça comme authentique dépaysement : l'ambiance britiche.
Lorsqu'on veut vraiment se décadrer, pas la peine de se farcir la longue croisière, mes amis. Londres suffit. L'Inde, le Brésil, le Sénégal sont superflus, dérisoires et vains. Quatre pas à faire, dont un de Calais, et vous voici franchement ailleurs.
— Voitise ze programme ? demande mon camarade devant le tapis roulant qui nous crache nos bagages.
— On file chez le correspondant du Vieux, toutes affaires cessantes.
— Et il crèche où t'est-ce que ?
— Je pense que c'est dans la banlieue car le nom de Hobart ne figure pas sur son adresse.
Effectivement, le taxi pressenti nous déclare que New-Queen se trouve à dix kilomètres de l'aéroport et nous réclame une coquette somme pour nous y conduire.
Moi, vous me connaissez ? Je ne discute jamais lorsque mes déplacements doivent figurer sur une note de frais. Nous grimpons dans un carrosse noir, haut sur pattes et plus moelleux qu'un édredon ; nous passons notre avant-bras dans les accoudoirs et nous contemplons d'un œil indifférent les constructions de briques cernées de pelouses comestibles qui défilent.
Le taximan est un vieux type coiffé d'une casquette à petits carreaux, qui ressemble à un jockey retraité. Il pilote lentement en mâchouillant un morceau de cigare qui a dû s'éteindre quelques années plus tôt et qu'il s'est abstenu de rallumer par mesure d'économie.
Le Gros s'endort après quelques dodelinements.
