Il y eut de la résistance. MmeMaigret, là-bas, en Alsace, était en famille, aidait à faire les confitures etla liqueur de prunes. L’idée de vivre dans un hôtel, au bord de la mer, encompagnie d’autres Parisiens, l’effrayait.

— Qu’est-ce que je ferai toutela journée ?

Enfin elle emporta des travaux decouture et de crochet.

— Surtout, ne me demande pas deprendre des bains ! J’aime mieux t’avertir dès maintenant…


Ils étaient arrivés à cinq heures àl’Hôtel de la Plage, où Mme Maigret avait commencé aussitôt àaménager la chambre à sa guise. Puis ils avaient dîné.

Et maintenant Maigret, tout seul,poussait la porte à vitre dépolie d’un café du port : Au Rendez-Vousdes Terre-Neuvas.

C’était juste en face du chalutier Océan,amarré à quai, près d’une file de wagons. Des lampes à acétylène pendaient auxagrès et des gens s’agitaient dans la lumière crue, déchargeant la morue quipassait de main en main et qu’on entassait dans les wagons après l’avoir pesée.

Ils étaient dix, hommes et femmes,sales, déchirés, saturés de sel, à travailler. Et devant la bascule un jeunehomme bien propre, le canotier sur l’oreille, un carnet à la main, pointait lespesées.

Une odeur rance, écœurante, qui nes’atténuait pas quand on s’éloignait, s’infiltrait, rendue plus sourde encorepar la chaleur, dans le bistrot.

Maigret s’assit sur la banquette,dans un coin libre. Il pénétrait en plein vacarme, en pleine agitation. Il yavait des hommes debout, d’autres assis, des verres sur le marbre des tables.Rien que des marins.

— Qu’est-ce que ce sera ?…

— Un demi…

Le patron arrivait près de la fillede salle.

— Vous savez que j’ai une autrepièce à côté, pour les touristes ?… Ici ils font tellement debruit !…

Un clin d’œil.

— Après trois mois de mer,hein ! ça se comprend…



2 из 107