
Trop tard pour aller rejoindre MmeMaigret qui, le soir, serait à la barrière de la petite gare avec sa sœur etqui ne manquerait pas de murmurer : « Toujours le même ! »
Le chauffeur de taxi lisait unjournal. L’homme en haut-de-forme sortit le premier, inspecta la rue dans lesdeux sens avant de faire signe à sa compagne, restée sous la voûte.
Arrêt place des Ternes. On lesvoyait s’embrasser à travers la vitre arrière. Et ils se tenaient la main alorsque la voiture était déjà embrayée et que la femme avait arrêté un taxi.
— Je continue ? questionnale chauffeur de Maigret.
— Tant qu’on y est !…
Du moins tenait-il quelqu’un quiconnaissait la guinguette à deux sous !
Quai d’Austerlitz. Un énormepanneau :
Marcel Basso
Importateur de charbons de toutes provenances
Gros – Demi-gros
On livre par sacs à domicile
Prix d’été
Un chantier entouré d’une palissadenoirâtre. En face, de l’autre côté de la rue, un quai de déchargement portantla même raison sociale et des péniches au repos près des tas de charbondéchargé du jour même.
Au milieu des chantiers, une grossemaison, genre villa. M. Basso rangea sa voiture, eut un regard machinal pours’assurer qu’il n’y avait pas de cheveux de femme sur ses épaules, entra chezlui.
Maigret le vit reparaître dans unechambre du premier étage dont les fenêtres étaient larges ouvertes. Il étaitavec une femme grande, blonde, jolie. Ils riaient tous les deux. Ils parlaientavec animation. M. Basso essayait son haut-de-forme et se regardait dans laglace.
On entassait des effets dans desvalises. Il y avait une bonne en tablier blanc.
Un quart d’heure plus tard – ilétait cinq heures – la famille descendait. Un gamin de dix ans marchait lepremier, portant un fusil à air comprimé. Puis la servante, Mme Basso, sonmari, un jardinier avec les valises…
