
Tous trois avaient compris. Le 11 netrouvait pas sa route, risquait d’un moment à l’autre de tomber sur une ronde.
Et il n’y avait rien à faire !On ne pouvait pas le conduire jusqu’à l’endroit où, au pied du mur, l’attendaitun paquet de vêtements et où pendait une corde à nœuds.
Parfois une voiture passait dans larue. Parfois aussi des gens parlaient, et les voix résonnaient d’une façontoute spéciale dans la cour de la prison.
Les trois hommes ne pouvaientqu’échanger des regards. Ceux du directeur étaient hargneux, ironiques,féroces. Le juge Coméliau, lui, sentait croître son inquiétude en même tempsque sa nervosité.
Et Maigret était le seul à tenirbon, à avoir confiance, à force de volonté. Mais s’il eût été en pleinelumière, on eût constaté que son front était luisant de sueur.
Quand sonna la demie, l’hommeflottait toujours, à la dérive. Par contre, la seconde d’après, il y eut unmême choc chez les trois guetteurs.
On n’avait pas entendu un soupir. Onl’avait deviné. Et on devinait, on sentait la hâte fébrile de celui qui venaitenfin de buter dans le paquet de vêtements et d’apercevoir la corde.
Les pas de la sentinelle rythmaienttoujours la fuite du temps. Le juge risqua, à voix basse :
— Vous êtes sûr que…
Maigret le regarda de telle sortequ’il se tut. Et la corde bougea. On distingua une tache plus claire le long dumur : le visage du 11, qui se hissait à la force des poignets.
Ce fut long ! Dix fois, vingtfois plus long qu’on ne l’avait prévu. Et quand il arriva au sommet, on putcroire qu’il abandonnait la partie, car il ne bougeait plus.
On le voyait maintenant, en ombrechinoise, aplati sur le couronnement.
