
L’appareil téléphonique était àportée de sa main et vers six heures il décrocha pour s’assurer qu’on n’avaitpas oublié de le relier à la ville.
Le dossier jaune était ouvert. Desrapports, des coupures de journaux, des procès-verbaux, des photographiesavaient glissé sur le bureau et Maigret les regardait de loin, attirant parfoisun document vers lui, moins pour le lire que pour fixer sa pensée.
L’ensemble était dominé par un titreéloquent, sur deux colonnes de journal : « Joseph Heurtin, l’assassinde Mme Henderson et de sa femme de chambre, a été condamné à mort ce matin. »
Et Maigret fumait sans répit,regardait avec anxiété l’appareil obstinément muet.
A six heures dix, la sonnerie tinta,mais c’était une erreur.
De sa place, le commissaire pouvaitlire des passages de documents différents, que d’ailleurs il connaissait parcœur.
« Joseph Jean-Marie Heurtin, néà Melun, vingt-sept ans, livreur au service de M. Gérardier, fleuriste rue deSèvres… »
On apercevait sa photographie, faiteun an auparavant dans une loge foraine de Neuilly. Un grand garçon aux brasdémesurés, à la tête triangulaire, au teint décoloré, dont les vêtements trahissaientune coquetterie de mauvais goût.
« Un drame sauvage àSaint-Cloud - Une riche Américaine est poignardée ainsi que sa femme dechambre. »
Cela avait eu lieu au mois dejuillet.
Maigret repoussa les sinistresphotographies de l’Identité judiciaire : les deux cadavres, vus dans tousles angles, du sang partout, faces convulsées, vêtements de nuit en désordre,maculés, lacérés.
« Le commissaire Maigret, de laPolice judiciaire, vient d’éclaircir le drame de Saint-Cloud. L’assassin estsous les verrous. »
