Et il était arrivé dans cette villeen compagnie de Leroy, un inspecteur avec qui il n’avait pas encore travaillé.

La tempête n’avait pas cessé.Certaines bourrasques faisaient crever sur la ville de gros nuages quitombaient en pluie glacée. Aucun bateau ne sortait du port et on parlait d’unvapeur en difficulté au large des Glénan.

Maigret s’installa naturellement àl’Hôtel de l’Amiral, qui est le meilleur de la ville. Il était cinq heures del’après-midi et la nuit venait de tomber quand il pénétra dans le café, unelongue salle assez morne, au plancher gris semé de sciure de bois, aux tablesde marbre, qu’attristent encore les vitraux verts des fenêtres.

Plusieurs tables étaient occupées.Mais, au premier coup d’œil, on reconnaissait celle des habitués, les clientssérieux, dont les autres essayaient d’entendre la conversation.

Quelqu’un se leva, d’ailleurs, àcette table, un homme au visage poupin, à l’œil rond, à la lèvre souriante.

— Commissaire Maigret ?…Mon bon ami le maire m’a annoncé votre arrivée… J’ai souvent entendu parler devous… Permettez que je me présente… Jean Servières… Hum !… Vous êtes deParis, n’est-ce pas ?… Moi aussi !… J’ai été longtemps directeur dela Vache-Rousse, à Montmartre… J’ai collaboré au Petit Parisien, àExcelsior, à la Dépêche… J’ai connu intimement un de vos chefs, cebrave Bertrand, qui a pris sa retraite l’an dernier pour aller planter seschoux dans la Nièvre… Et j’ai fait comme lui !… Je suis pour ainsi direretiré de la vie publique… Je collabore, pour m’amuser, au Phare de Brest…

Il sautillait, gesticulait.

— Venez donc, que je vousprésente notre tablée… Le dernier carré de joyeux garçons de Concarneau… VoiciLe Pommeret, impénitent coureur de filles, rentier de son état et vice-consulde Danemark…



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