Le second l’examinait, sans fièvre,d’une façon implacable, en tirant des bouffées de sa pipe.

Le voyageur agité quitta sa placel’espace de deux minutes, pour se rendre au lavabo. Alors, sans même sebaisser, d’un simple mouvement du pied, l’autre attira vers lui la petitevalise et poussa à sa place une valise exactement pareille.

Une demi-heure plus tard, le trainpartait. Les deux hommes s’installèrent dans le même compartiment de troisièmeclasse, mais ne s’adressèrent pas la parole.

A Leer, le train se vida, continuanéanmoins sa route pour ces deux voyageurs.

Il était dix heures quand le convoipénétra sous la verrière monumentale de Brème, où les lampes à arc rendaienttous les visages blafards.


Le premier voyageur ne devait pasconnaître un mot d’allemand, car il se trompa plusieurs fois de chemin, pénétradans le restaurant des premières classes et n’échoua qu’après maintes allées etvenues au buffet des troisièmes, où il ne s’attabla pas.

Il désigna du doigt des petits painsqui contenaient des saucisses, expliqua par gestes qu’il voulait les emporteret paya encore en tendant une poignée de monnaie.

Plus d’une demi-heure durant il erradans les rues spacieuses qui avoisinent la gare, sa petite valise à la main,avec l’air de chercher quelque chose.

Et l’homme au col de velours, qui lesuivait sans impatience, comprit quand il vit enfin son compagnon foncer versun quartier plus pauvre qui s’amorçait sur la gauche.

L’objet de ses recherches étaitsimplement un hôtel à bon marché. Le jeune homme, dont la démarche devenaitlasse, en examina plusieurs avec méfiance avant de choisir un établissement dedernier ordre dont la porte était surmontée d’une grosse boule blanche en verredépoli.

Il tenait toujours sa valise d’une main,de l’autre ses petits pains aux saucisses enveloppés de papier de soie.



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