La rue était animée. Le brouillardcommençait à tomber, filtrant les lumières des vitrines.

L’homme au lourd pardessus eutquelque peine à se faire donner la chambre voisine de celle du premiervoyageur.

Une chambre pauvre, pareille àtoutes les chambres pauvres du monde, à cette différence près, peut-être, quela pauvreté n’est nulle part aussi lugubre qu’en Allemagne du Nord.

Mais il y avait une porte decommunication entre les deux pièces, à cette porte une serrure.

Ainsi l’homme put-il assister àl’ouverture de la valise, qui ne contenait que de vieux journaux.

Il vit le voyageur devenir livide àun point tel que cela faisait mal, tourner et retourner la valise entre sesmains tremblantes, éparpiller les journaux dans la chambre.

Les petits pains se trouvaient surla table, toujours enveloppés, mais le jeune homme, qui n’avait pas mangédepuis quatre heures de l’après-midi, ne leur accorda pas un regard.

Il se précipita vers la gare enfaisant des détours, en demandant dix fois son chemin, en répétant avec unaccent qui déformait tellement le mot que ses interlocuteurs le comprenaient àpeine :

— Bahnhof !…

Il était si nerveux que, pour mieuxse faire entendre, il imitait le bruit du train !

Il arriva à la gare. Il erra dansl’immense hall, aperçut quelque part des bagages en tas et s’approcha comme unvoleur afin de s’assurer que sa valise n’y était pas.

Et il tressaillit chaque fois quequelqu’un passait avec une valise du même genre.

Son compagnon le suivait toujours,sans détourner son regard pesant.

A minuit seulement, l’un derrièrel’autre, ils rentrèrent à l’hôtel.

La serrure découpa le spectacle dujeune homme affalé sur une chaise, la tête entre les mains. Quand il se leva,il fit claquer ses doigts dans un geste à la fois rageur et fataliste.

Et ce fut la fin : il tira unrevolver de sa poche, ouvrit la bouche toute grande et pressa la gâchette.


L’instant d’après, il y avait dixpersonnes dans la chambre, dont le commissaire Maigret, qui n’avait pas quittéson manteau à col de velours, essayait d’interdire l’accès. On entendait répéterles mots Polizei et Mörder, qui signifie assassin.



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