
Mort, le jeune homme était encoreplus piteux que vivant. On voyait les semelles trouées de ses chaussures, et lepantalon s’était relevé dans sa chute, découvrant une invraisemblablechaussette rouge, un tibia livide et velu.
Un agent arriva, prononça quelquesmots d’une voix impérieuse et tout le monde se massa sur le palier, saufMaigret, qui exhiba sa médaille de commissaire à la Police Judiciaire de Paris.
L’agent ne parlait pas le français.Maigret ne bafouillait que quelques mots d’allemand.
Dix minutes plus tard, déjà, unevoiture stoppait en face de l’hôtel et des fonctionnaires en civil faisaientirruption.
Sur le palier, maintenant, le mot Franzoseavait succédé au mot Polizei et l’on regardait le commissaire aveccuriosité. Mais quelques ordres suffirent à faire cesser toute agitation, àcouper court à la rumeur aussi nettement qu’on coupe un courant électrique.
Les locataires rentrèrent chez eux.Dans la rue, un groupe silencieux se tint à distance respectueuse.
Le commissaire Maigret avaittoujours sa pipe aux dents, seulement elle était éteinte. Et son visage charnu,comme sculpté dans une glaise compacte à vigoureux coups de pouce, avait uneexpression qui frisait la peur ou la débâcle.
— Je vous demanderai lapermission de faire mon enquête en même temps que vous ferez la vôtre !dit-il. Une chose est certaine : c’est que cet homme s’est suicidé. C’estun Français…
— Vous le suiviez ?…
— Ce serait trop long à vousexpliquer… Je voudrais que votre service technique prît de lui desphotographies aussi nettes que possible, sur toutes ses faces…
Le silence avait succédé àl’agitation dans la chambre où ils n’étaient plus que trois à circuler.
