L’un d’eux, jeune et rose, le crânerasé, portait une jaquette et des pantalons rayés, essuyait de temps en tempsles verres de ses lunettes à branches d’or. Il avait un titre comme docteuren police scientifique.

L’autre, aussi rose, mais moinssolennel dans sa tenue, fouillait partout et s’efforçait de s’exprimer enfrançais.

On ne trouva rien, qu’un passeportau nom de Louis Jeunet, né à Aubervilliers, ouvrier mécanicien.

Quant au revolver, il portait lamarque de la fabrique d’armes de Herstal (Belgique).

A la Police judiciaire, quai desOrfèvres, personne n’imaginait, cette nuit-là, un Maigret silencieux, commeécrasé par la fatalité, assistant aux opérations de ses collègues allemands, serangeant pour faire place aux photographes, aux médecins légistes, attendant,le front têtu, la pipe toujours éteinte, le pitoyable butin qu’on lui remitvers trois heures du matin : les vêtements du mort, son passeport et unedouzaine de photographies que l’éclairage au magnésium achevait de rendrehallucinantes.

Il n’était pas loin – il était mêmebien près – de penser qu’il venait de tuer un homme.

Et cet homme, il ne le connaissaitpas ! Il ne savait rien de lui ! Rien ne prouvait qu’il avait descomptes à rendre à la justice !


Cela avait commencé la veille àBruxelles, de la façon la plus inattendue. Maigret s’y trouvait en mission. Ilavait conféré avec la Sûreté belge au sujet de réfugiés italiens qu’on avait expulsésde France et dont l’activité donnait des inquiétudes.

Un voyage qui ressemblait à unepartie de plaisir ! Les entrevues avaient été plus courtes qu’il étaitprévu. Le commissaire disposait de quelques heures.

Et il avait pénétré, en simplecurieux, dans un petit café de la Montagne-aux-Herbes-Potagères.

Il était dix heures du matin. Lecafé était à peu près désert. Pourtant, alors qu’un patron jovial et familierlui parlait d’abondance, Maigret avait remarqué un client installé tout au fondde la salle, dans la pénombre, et qui se livrait à un singulier travail.



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