Une seule table, avec tous lesjournaux du jour étendus sur des tringles de cuivre. Le patron, qui buvait dela bière avec deux clients, se leva pour accueillir Maigret.

— Vous parlez français ?questionna celui-ci.

Geste négatif. Un rien de gêne.

— Donnez-moi de la bière…Bier !…

Et, une fois assis, il tira sonpetit papier de sa poche. Ce fut le dernier nom qui lui tomba sous les yeux. Ille montra, prononça deux ou trois fois :

— Liewens…

Les trois hommes se mirent à parlerentre eux. Puis l’un d’eux se leva, un grand gaillard qui portait une casquettede marin et qui fit signe à Maigret de le suivre. Comme le commissaire n’avaitpas encore d’argent hollandais et voulait changer un billet de cent francs, onlui répéta :

— Morgen !… Morgen !…

Demain ! Il n’avait qu’àrevenir !…

C’était familial. Cela avait quelquechose de très simple, de candide même. Sans mot dire, le cicérone conduisaitMaigret à travers les rues de la petite ville. A gauche, un hangar était pleinde vieilles ancres, de cordages, de chaînes, de bouées, de compas quienvahissaient le trottoir. Plus loin, un voilier travaillait sur son seuil.

Et la vitrine de la pâtisseriemontrait un choix inouï de chocolats, de sucreries compliquées.

— Pas parler anglais ?

Maigret fit signe que non.

— Pas deutsch ?…

Même signe, et l’homme se résigna ausilence. Au bout d’une rue, c’était déjà la campagne : des prés verts, uncanal où des bois du Nord flottaient sur presque toute la largeur, attendantd’être remorqués à travers le pays.

Assez loin, un grand toit de tuilesvernies.

— Liewens !… Dag,mijnheer !…

Et Maigret continua son chemin toutseul, non sans avoir essayé de remercier cet homme qui, sans le connaître,avait marché près d’un quart d’heure pour lui rendre service.



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