
Le ciel était pur, l’atmosphèred’une limpidité étonnante. Le commissaire longea un chantier de bois où lesbilles de chêne, d’acajou, de teck atteignaient la hauteur des maisons.
Il y avait un bateau amarré. Desenfants jouaient. Puis un kilomètre de solitude. Toujours les troncs d’arbressur le canal. Des barrières blanches autour des champs parsemés de vachesmagnifiques.
Nouveau heurt de la réalité avec lesnotions préconçues : le mot « ferme » évoquait pour Maigret untoit de chaume, des tas de fumier, un grouillement animal.
Et il se trouvait en face d’unebelle construction neuve entourée d’un parc tout rutilant de fleurs. Sur lecanal, en face de la maison, un canot d’acajou aux lignes fines. Contre lagrille, un vélo de dame entièrement nickelé.
Il chercha en vain une sonnette. Ilappela sans obtenir de réponse. Un chien vint se frotter à lui.
A gauche de la maison commençait unlong bâtiment aux fenêtres régulières, mais sans rideaux, qui aurait faitpenser à une remise sans la qualité des matériaux et surtout sans lacoquetterie des peintures.
Un beuglement vint de là-bas, etMaigret s’avança, contourna des massifs de fleurs, se trouva devant une portegrande ouverte.
Le bâtiment était une étable, maisune étable aussi propre qu’une maison. Partout de la brique rouge, qui donnaitune luminosité chaude, voire somptueuse à l’atmosphère. Des rigoles pourl’écoulement des eaux. Un système mécanique de distribution de la nourrituredans les râteliers. Et une poulie, derrière chaque box, dont Maigret ne connutla raison d’être que plus tard : elles étaient destinées à tenir la queuedes vaches levée pendant qu’on les trayait afin que le lait ne pût être souillé.
La pénombre régnait à l’intérieur.Les bêtes étaient dehors, sauf une, couchée sur le flanc dans le premier box.
Et une jeune fille s’approchait duvisiteur, le questionnait d’abord en néerlandais.
